Est-il possible de cultiver son jardin sans engrais chimiques ?
Publié le Par: MAXIME
La réponse est oui.
Il faut changer de façon de penser ?
L’idée est de nourrir le sol qui, par la suite, nourrira la plante.
L’objectif est d’avoir un sol riche et vivant.
Les solutions sont plus faciles à mettre en place au jardin qu’en agriculture.
L’arrêt ou la baisse drastique de l’utilisation d’engrais chimiques créera un petit séisme dans le monde agricole.
Peu de conseillers vous proposeront cette solution et c’est compréhensible.
Imaginez-vous un vendeur d’engrais, vous conseillant de se passer de ses produits !
Par contre au jardin, c’est facile et ça marche !
Comment nourrir le sol sans engrais chimiques ?
Aujourd’hui beaucoup d’agriculteurs et même de jardiniers considèrent le sol comme un simple support inerte.

Dans ce cas on apporte à la plante des engrais de synthèse (azote, phosphore, potassium).
L’approche « naturelle » considère le sol comme un écosystème vivant. Un sol fertile n’est pas un sol « enrichi » artificiellement, mais un sol riche en matière organique, peuplé de milliards de micro-organismes, de vers de terre, de champignons et de racines qui collaborent pour transformer la matière organique en éléments nutritifs assimilables par les plantes.
Dans ce domaine les champignons mycorhiziens sont d’une aide exceptionnelle, mais leur action est encore trop méconnue en France
Cette vision s’inscrit pleinement dans les principes de la permaculture : prendre soin de la Terre, favoriser la biodiversité. En nourrissant le sol plutôt que les plantes, on obtient des cultures plus résistantes, moins dépendantes de l’arrosage, plus savoureuses et plus saines.
Je vous propose un tour d’horizon complet et pratique des principales méthodes utilisables.
Vous remarquerez que toutes les techniques que je propose sont faciles à mettre en place au potager, mais moins faisables en plein champ.
Je vais vous présenter les techniques les moins couteuses, les plus accessibles et les plus efficaces : le paillage, le BRF, les fumiers, les engrais verts, les fanes de légumineuses, la cendre de bois, les feuilles mortes et le compost.
Petit bémol, avec ou sans engrais : Il n’est pas possible e bien produire dans un sol très acide.
J’en ai parlé dans cet article. J’ai été particulièrement affecté par ce point car, petit, nous cultivions des terres au PH sans doute inférieur à 5. Rien ne poussait et en particulier pas les légumineuses.
Avant de vouloir nourrir le sol il faut remonter le PH et c’est hyper facile au jardin ! Vous trouverez toutes mes propositions dans l’article cité plus haut.
Le paillage : la protection et la nourriture permanente du sol
Le paillage (ou mulching) consiste à couvrir le sol d’une couche de matières organiques. C’est sans doute la pratique la plus simple et la plus importante.
Un sol nu est un sol qui souffre : il s’érode, se compacte, perd son humidité et voit sa vie microbienne s’effondrer sous l’effet du soleil et de la pluie battante. Le paillage corrige tout cela en une seule action.
Vous trouverez plus d’informations sur de sujet dans mon article : Pourquoi pailler au jardin ?
Les produits utilisables en paillage, le plus souvent gratuits, sont nombreux. Je présente les différents produits de paillage dans cet article
Comment faire un bon paillage ?

On applique une couche de 5 à 15 cm selon la matière. On laisse un petit espace libre autour
du collet des plantes pour éviter les risques de pourriture. On renouvelle au fur et à mesure de la décomposition. Le paillage se pratique toute l’année, mais il est particulièrement bénéfique au printemps (après réchauffement du sol) et en automne (protection hivernale).
Les bénéfices sont multiples : réduction de l’évaporation (jusqu’à 70 % d’économie d’eau), limitation du désherbage, stimulation de la vie du sol, apport progressif de matière organique, régulation de la température et protection contre l’érosion.
Le Bois Raméal Fragmenté (BRF) : l’arme secrète des sols forestiers
Le BRF est l’un des apports les plus puissants pour reconstruire un sol vivant. Il s’agit de jeunes

rameaux d’arbres de feuillus broyés. Ces rameaux sont riches en lignine, en tanins et en éléments minéraux. En se décomposant, ils favorisent le développement des champignons mycorhiziens, qui forment des associations symbiotiques avec les racines des plantes et améliorent considérablement leur nutrition.
Comment produire et utiliser le BRF ?
On broie les branches de taille (saule, noisetier, charme, chêne, frêne, etc.) au printemps ou en automne. On étale une couche de 3 à 5 cm sur le sol, idéalement en surface sans enfouissement. Le BRF consomme un peu d’azote au début de sa décomposition (phénomène d’e soif d’azote), c’est pourquoi on l’associe souvent à un apport azoté (consoude, ortie, légumineuse, tonte de gazon ou fumier).
Je n’ai jamais utilisé ni prôné le BRF quand j’étais en activité. J’ai vu les effets du BRF dans le jardin de jenny, (l’épouse d’Oliver).
La vie sous le BRF était « incroyable ». L’utilisation du BRF au jardin est vraiment utile. En agriculture c’est plus compliqué à utiliser.
Les effets se font sentir sur plusieurs années : amélioration de la structure du sol, augmentation de la capacité de rétention d’eau, stimulation de la biodiversité fongique et bactérienne, et fertilité durable. Le BRF est particulièrement recommandé pour les sols pauvres, sableux ou dégradés.
Les fumiers : l’apport traditionnel de matière organique animale.
Le fumier reste l’un des meilleurs engrais naturels. Il apporte de l’azote, du phosphore, du potassium, des oligo-éléments et une grande quantité de matière organique. Il stimule également l’activité biologique du sol.
Le fumier de cheval : une ressource souvent gratuite
Le fumier de cheval est particulièrement facile à trouver aujourd'hui. De nombreux propriétaires de chevaux et centres équestres le proposent gratuitement sur des plateformes comme Le Bon Coin, simplement pour s'en débarrasser ?

Ainsi, ce jour où j’écris cet article il y a 2 propositions de fumier de cheval gratuit à Concarneau 29, ou j’habite.
De nombreux propriétaires de chevaux sont ravis de trouver preneur pour un fumier qui, sinon, s'accumule et devient un problème de gestion pour eux.
C’est un très bon produit. Il est relativement équilibré, riche en matière organique, et améliore sensiblement la structure des sols, notamment les sols lourds et argileux qu'il permet d'alléger.
Un point de vigilance important cependant : le fumier frais ne doit jamais être appliqué directement au contact des racines ou des jeunes plants, car sa décomposition initiale génère de la chaleur et peut « brûler » les végétaux. Il est donc recommandé de le laisser composter au moins plusieurs mois, idéalement une année complète, avant de l'incorporer au potager. On reconnaît un fumier bien composté à sa couleur sombre, sa texture friable, et son odeur de terre plutôt que d'ammoniaque.
Autre point à vérifier lorsque vous récupérez du fumier gratuitement : la provenance de la paille utilisée en litière. Si le cheval a été nourri avec du foin ou de la paille traités par certains herbicides résistants au compostage, ces résidus peuvent persister dans le fumier et nuire à vos cultures.
Autres fumiers utiles :
- Fumier de vache : plus froid, excellent pour les sols sableux.
- Fumier de mouton ou de chèvre : riche et concentré.
- Fumier de volaille : très riche en azote, à utiliser avec précaution et de préférence composté.
- Fumier de lapin : excellent et peu odorant, mais plus difficile à trouver.
Précautions d’utilisation du fumier :
Le fumier frais est trop « brûlant » et peut contenir des pathogènes ou des graines. On le laisse de préférence composter ou on l’applique à l’automne pour qu’il se décompose pendant l’hiver. On l’étale en couche de 2 à 5 cm, puis on le couvre éventuellement de paillage. Pour les cultures sensibles, on privilégie le fumier bien décomposé.
Les engrais verts : cultiver pour nourrir le sol
Les engrais verts sont des plantes cultivées non pas pour être récoltées, mais pour être fauchées et laissées sur place ou enfouies. Ils protègent le sol, améliorent sa structure, fixent l’azote (dans le cas des légumineuses) et apportent de la biomasse.
Principales espèces d’engrais verts :
- Les légumineuses : trèfle, luzerne, vesce, féverole, pois fourrager. Elles fixent l’azote atmosphérique grâce à des bactéries symbiotiques.

- les graminées : seigle, avoine, ray-grass. Elles produisent beaucoup de biomasse et améliorent la structure du sol.
- Les crucifères : moutarde, radis fourrager, phacélie. Elles explorent le sol en profondeur et limitent les nématodes.
- Les mélanges : les plus efficaces associent plusieurs familles pour maximiser les bénéfices.
Comment utiliser les engrais verts ?
On sème les engrais verts après une culture ou en interculture. On les fauche avant la montée en graines, idéalement au stade de floraison. On peut les laisser en surface comme paillage ou les incorporer superficiellement. Les racines laissées en terre continuent de nourrir le sol en se décomposant.
Les engrais verts sont particulièrement précieux en automne et en hiver pour protéger le sol des intempéries et préparer les cultures de printemps.
Les engrais verts pièges à nitrate !
Les agriculteurs français ont interdiction de laisser les sols nus en hiver. Ils ont l’obligation de cultiver des plantes pièges à nitrate. En effet, pendant la phase hivernale les nitrates présents dans le sol sont lessivés en partie et se retrouvent dans la nappe phréatique. Au jardin vous pouvez aussi vous préoccuper de la pollution de l’eau mais surtout pensez à ne pas gaspiller cet azote qui sera bien utile pour vos cultures.
Limites d’utilisation de certains engrais verts :
Je pense que vous ne trouverez nulle part mention de cette information. Dans une commune du Finistère certains agriculteurs cultivaient, année après année, des légumineuses, à l’époque très rentables (pois et haricots pour l’industrie en particulier). Ils ne respectaient pas trop les principes d’assolement. Au bout de quelques années certaines maladies restaient dans le sol. Problèmes supplémentaires, ils semaient aussi comme couverture hivernale d’autres légumineuses. Au bout de 20 ans, ces agriculteurs ne pouvaient plus produire aucune légumineuse.
Les fanes de légumineuses et autres résidus de culture.
Les légumineuses sont capables de fixer l’azote de l’air et présentent ainsi l’avantage de fournir un engrais azoté naturel aux cultures suivantes
Les fanes de pois, de fèves, de haricots ou de lentilles sont riches en azote. Après récolte, on les laisse sur place ou on les utilise en paillage. Elles se décomposent rapidement et restituent l’azote à la terre.
De manière plus générale, tous les résidus de culture (fanes de carottes, de pommes de terre, tiges de tomates saines, etc.) peuvent être recyclés. On évite cependant les plantes malades (mildiou, virus) que l’on préfère brûler ou évacuer.
La cendre de bois : un apport minéral précieux
La cendre de bois, sous-produit gratuit d'un poêle ou d'une cheminée, est une ressource intéressante mais qui, dans certains cas, demande davantage de précautions que les précédentes. Elle est riche en potasse et en oligo-éléments (calcium, magnésium), des minéraux facilement assimilables par les plantes.

Cependant, la cendre a également un effet notable sur le pH du sol : elle est fortement alcaline, et un usage excessif peut faire remonter le pH d'un sol, ce qui est problématique pour les cultures qui préfèrent un sol légèrement acide, comme les fraisiers, les pommes de terre ou les myrtilles.
Ce problème n’existe pas en Bretagne ou justement la terre est en général acide
Si votre terre est calcaire, il est donc recommandé de l'utiliser avec modération, en petites quantités, idéalement incorporée au compost plutôt qu'épandue directement en grande quantité sur les cultures, afin de laisser le temps aux différents éléments de s'équilibrer.
Il est également essentiel de n'utiliser que de la cendre de bois non traité, en excluant absolument toute cendre issue de bois peint, vernis ou de charbon de barbecue industriel, qui peuvent contenir des substances toxiques pour le sol et les cultures.
Précautions d’utilisation de la cendre de bois
On l’utilise avec modération (100 à 200 g/m² maximum par an) car un excès peut rendre le sol trop alcalin et bloquer certains nutriments (comme je le dis plus haut, ce n’est pas vraiment le cas en Bretagne). On l’épand de préférence en hiver ou au début du printemps, et on l’incorpore légèrement ou on la mélange au compost.
Les feuilles mortes : l’or de l’automne
Les feuilles mortes constituent une ressource gratuite et abondante. Elles sont riches en

carbone et se transforment en un humus de qualité. Les feuilles de chêne, de châtaignier ou de hêtre se décomposent plus lentement et sont intéressantes pour les sols acides. Les feuilles de tilleul, de frêne ou de noisetier se décomposent plus vite.
On peut les utiliser en paillage épais, les composter, ou les laisser se décomposer en place sous les arbres et arbustes. Un broyage préalable accélère le processus et évite en partie la dispersion par le vent. Les feuilles constituent aussi un excellent matériau pour les lasagnes de culture.
Les purins de plantes

J’ai déjà écrit un article complet sur le purin de consoude : Fabrication, mode d’emploi.
Les purins sont d’une aide exceptionnelle et gratuits.
Ce sujet mérite un article complet, j’en parlerai dans un prochain article
Le compost : le cœur du système de fertilité
Le compost est le résultat de la décomposition contrôlée de matières organiques. C’est un amendement complet qui améliore à la fois la structure du sol, sa capacité de rétention d’eau et sa fertilité chimique et biologique.
Comment réussir son compost ?
On alterne les matières « vertes » (riches en azote : tontes, épluchures, consoude, orties) et les

matières « brunes » (riches en carbone : feuilles mortes, paille, BRF, carton). On maintient une humidité comparable à celle d’une éponge essorée et on aère régulièrement. Un compost bien conduit atteint des températures élevées qui détruisent graines d’adventices et pathogènes.
Le compost mûr (sombre, odeur de sous-bois) s’utilise en surface ou légèrement incorporé. Le compost jeune peut servir de paillage. On peut aussi réaliser du compost de surface (ou compostage en place) en déposant directement les matières organiques au pied des cultures.
Compost de ville ou compost maison ?
En ville vous pouvez trouver du compost gratuit en grande quantité.
Le compost de ville provient des déchets des cuisines et des jardins. Il contient des éléments neutres et des nutriments utiles, mais il peut aussi avoir des traces de métaux lourds.
le plomb, le cadmium, le nickel ou le chrome viennent des objets en métal ou des peintures,
Si vous utilisez votre propre compost vous savez exactement ce qu’il y a dedans.
Combiner les méthodes pour un sol vivant et autonome
La vraie puissance de ces techniques réside dans leur combinaison. Voici un exemple de stratégie annuelle :
- Automne : apport de fumier ou de compost, semis d’engrais verts, paillage de feuilles mortes et de BRF.
- Hiver : le sol reste couvert, la vie microbienne travaille au ralenti mais continûment.
- Printemps : fauchage des engrais verts, apport de consoude ou d’ortie, plantation avec un peu de compost et des feuilles de consoude dans le trou.
- Été : paillage permanent (paille, foin, tontes), apports de purin de consoude ou d’ortie en arrosage.
- Toute l’année : recyclage systématique de tous les résidus organiques produits sur place.
Précautions et erreurs à éviter
- Ne jamais laisser le sol nu.
- Éviter les apports excessifs d’azote qui déséquilibrent le sol et favorisent les maladies.
- Respecter les temps de décomposition (surtout pour le fumier frais et le BRF).
- Observer son sol : couleur, structure, odeur, présence de vers de terre sont de meilleurs indicateurs que n’importe quelle analyse chimique.
- Observer les plantes indicatrices : par exemple si vous avez de l’oseille qui pousse naturellement au jardin, votre sol est trop acide.
- Adapter les apports à la nature du sol (argileux, sableux, calcaire, acide).
Conclusion : vers un sol qui se nourrit lui-même
Nourrir le sol sans engrais chimiques n’est pas une contrainte, c’est une libération. En s’appuyant sur le paillage, le BRF, les fumiers (notamment le fumier de cheval facilement accessible), les engrais verts, les fanes de légumineuses, la cendre de bois, les feuilles mortes, le compost et les purins, on reconstruit progressivement un écosystème fertile et résilient.
Au fil des années, le sol devient de plus en plus autonome. Les besoins en apports extérieurs diminuent, les plantes deviennent plus saines, et le jardinier passe moins de temps à corriger des déséquilibres qu’à observer et accompagner les cycles naturels. C’est exactement l’objectif de la permaculture : créer des systèmes productifs qui se régénèrent d’eux-mêmes.
En adoptant ces pratiques, on ne se contente pas de remplacer les engrais chimiques par des alternatives naturelles. On change de monde : on passe d’une logique d’extraction à une logique de coopération avec le vivant. Et c’est dans cette coopération que réside la vraie fertilité, durable et abondante.
Il existe encore bien d’autres méthodes pour enrichir sa terre, mais si vous mettez ces conseils en pratique vous allez devenir un jardinier « naturel » « autonome » et « économe »
